Par wakBLJW6Hvb3q7… , 17 août 2026
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Cryptographie post-quantique
Resumé

L'ANSSI a fixé un calendrier contraignant pour la cryptographie post-quantique : arrêt des certifications pour les produits non résistants aux ordinateurs quantiques dès 2027, obligation d'achats exclusivement quantum-safe pour les administrations et OIV d'ici 2030. Une bascule réglementaire qui répond à la menace du "harvest now, decrypt later".

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L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) vient de transformer une recommandation technique en obligation réglementaire. Lors de la conférence France Quantum, réunie le 16 juin à Paris, l'agence a dévoilé un calendrier précis pour la transition vers la cryptographie post-quantique : dès 2027, elle cessera de délivrer ses certifications aux produits de sécurité dépourvus de mécanismes de chiffrement résistants aux ordinateurs quantiques. Une échéance qui laisse aux éditeurs un peu moins de deux ans pour se mettre en conformité.

Un levier réglementaire qui touche l'accès aux marchés publics

C'est Samih Souissi, chef de cabinet de l'ANSSI, qui a porté l'annonce devant l'écosystème français du quantique. Le message tient en deux dates. À partir de 2027, plus aucun produit ne pourra obtenir la certification de l'agence s'il ne dispose pas d'une brique cryptographique post-quantique. D'ici 2030, les administrations et les opérateurs d'importance vitale (OIV) devront, pour leurs achats, se limiter exclusivement à des solutions dites "quantum-safe".

L'enjeu dépasse la seule technique, car la certification ANSSI conditionne l'accès à des pans entiers de l'économie française : marchés publics, mais aussi secteurs jugés critiques comme l'énergie, les télécommunications, la banque ou les systèmes de paiement. Un produit qui perd, ou n'obtient jamais, cette certification se retrouve de fait écarté de ces marchés. Ce que l'ANSSI présentait jusqu'ici comme une incitation devient donc un critère éliminatoire à horizon très rapproché.

Interrogé par Reuters, Samih Souissi a résumé l'ampleur de l'enjeu : il ne s'agit plus, selon lui, d'un sujet purement technologique, mais bien d'une question de gouvernance, de planification industrielle, de régulation et de souveraineté. Une manière de signifier que l'ANSSI ne pilote plus seulement la cryptographie : elle en fait un instrument de stratégie d'État.

La menace "harvest now, decrypt later" ne laisse pas de répit

Ce durcissement du calendrier s'explique par une menace bien identifiée dans le secteur : le "harvest now, decrypt later" (collecter maintenant, déchiffrer plus tard). Le principe est simple et redoutable. Des acteurs malveillants, qu'ils soient étatiques ou criminels, interceptent dès aujourd'hui des flux de données chiffrées, pourtant illisibles en l'état, et les archivent en attendant qu'un ordinateur quantique suffisamment puissant leur permette de les décrypter.

Jerry Chow, cadre d'IBM présent à la même conférence, a évalué cette échéance technologique au milieu des années 2030. Un horizon qui peut sembler lointain, mais qui ne neutralise en rien le risque immédiat : les données interceptées aujourd'hui conservent souvent une valeur stratégique bien au-delà de dix ans. Communications diplomatiques, dossiers industriels sensibles ou transferts bancaires entrent typiquement dans cette catégorie. Pour ces données à durée de vie longue, la menace n'est donc pas hypothétique : elle est déjà à l'œuvre, silencieusement.

Ce que cela change concrètement pour les DSI et les RSSI

Au-delà de l'annonce, c'est le facteur temps qui doit alerter les organisations. L'ANSSI elle-même souligne que la migration cryptographique complète d'une entreprise demande généralement une dizaine d'années, en raison de la complexité des inventaires et des dépendances entre systèmes. Pour les grandes structures, les retours d'expérience évoqués par les spécialistes du secteur, dont SafeLogic, situent plutôt une migration ciblée entre 18 et 36 mois, dont 3 à 6 mois rien que pour la phase d'inventaire des actifs cryptographiques dans les environnements complexes. Quel que soit le chiffre retenu, l'écart avec l'échéance 2027 est net : une organisation qui n'a pas encore commencé son inventaire cryptographique est déjà en retard sur le calendrier de l'ANSSI, indépendamment de la date à laquelle un ordinateur quantique deviendra réellement opérationnel.

C'est précisément ce que recommande l'agence dans sa documentation dédiée : avant même d'envisager l'achat de produits quantum-safe, encore peu nombreux sur le marché avant 2030, les organisations publiques et privées doivent engager un premier travail de cartographie de leurs usages de la cryptographie, puis prioriser les cas d'usage les plus critiques, notamment ceux portant sur des données à longue durée de vie. L'ANSSI place explicitement ce chantier au niveau de la gouvernance : comité de direction, conseil d'administration et comité des risques, et non plus seulement au niveau des équipes techniques.

Pour les entreprises qui achètent des solutions de sécurité, qu'il s'agisse de VPN, de HSM, de cartes à puce ou de messageries chiffrées, la vigilance porte aussi sur les clauses contractuelles avec les éditeurs : anticiper une clause de conformité post-quantique dans les futurs contrats et appels d'offres permet d'éviter de devoir renégocier dans l'urgence à l'approche de 2027, au moment où la pression sur les fournisseurs sera la plus forte.

Une trajectoire qui s'inscrit dans un mouvement international

La France n'agit pas isolément. Ce calendrier converge avec celui fixé par la NSA américaine, qui impose déjà aux systèmes de sécurité nationale des États-Unis d'adopter sa suite d'algorithmes post-quantiques CNSA 2.0 d'ici 2027 également. Cette synchronisation entre grandes agences de cybersécurité illustre une prise de conscience partagée : la fenêtre pour préparer la transition cryptographique se referme plus vite que ne le suggérait le seul horizon du "Q-Day", le jour où un ordinateur quantique deviendra cryptographiquement pertinent.

Pour les organisations concernées, notamment celles qui s'appuient encore exclusivement sur des algorithmes classiques comme RSA ou ECDSA, le message de l'ANSSI est sans ambiguïté : la migration cryptographique ne relève plus d'un chantier de veille technologique à horizon lointain. Elle constitue désormais une condition d'accès au marché, avec une échéance qui se compte en mois plutôt qu'en années.

Sources : Reuters, 16 juin 2026 ; conférence France Quantum, ANSSI ; FAQ cryptographie post-quantique, cyber.gouv.fr.

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